Révolution française · 1789–1799

~40 000
morts de la Terreur
10 ans
de révolution (1789–1799)
15
constitutions depuis 1791
La Révolution française (1789–1799) est la rupture politique la plus profonde de l'histoire de France. En dix ans, la monarchie absolue de droit divin cède la place à la République, la société d'ordres est abolie, et la France invente les concepts modernes de nation, de citoyenneté et de droits de l'homme. Elle traverse sept phases distinctes, de l'effondrement financier de l'Ancien Régime au coup d'État de Bonaparte — chacune plus radicale que la précédente, avant le reflux thermidorien.
Phase 0 Crise de l'Ancien Régime 1787 – mai 1789

La France est en faillite après la guerre d'Indépendance américaine. Louis XVI convoque en vain les notables puis les États généraux pour lever de nouveaux impôts. La société des trois ordres — clergé, noblesse, tiers état — est à bout.

Fév. 1787
Assemblée des notablesPolitique
Necker puis Calonne convoquent les notables pour approuver une réforme fiscale touchant les nobles. Refus catégorique : les privilégiés bloquent toute réforme. Le roi renvoie l'assemblée.
Acteurs : Louis XVI, Calonne, Loménie de Brienne
Août 1788
Rappel de Necker et convocation des États générauxPolitique
La monarchie est en état de cessation de paiement. Louis XVI rappelle Necker, ministre populaire, et annonce la convocation des États généraux pour mai 1789 — une institution endormie depuis 1614.
Acteurs : Louis XVI, Necker
Déclenchement de l'effervescence politique : rédaction des cahiers de doléances dans tout le royaume.
Hiver 1788
Cahiers de doléancesSocial
Des dizaines de milliers de cahiers de doléances sont rédigés dans toute la France par les trois ordres. Mauvaises récoltes de 1788, pain rare et cher. La tension sociale est extrême.
Phase 1 Assemblée nationale constituante mai 1789 – sept. 1791

Le Tiers état refuse de jouer le jeu des ordres séparés et se proclame Assemblée nationale. La Bastille tombe. L'Ancien Régime s'effondre en une nuit. La France se dote d'une constitution et d'une monarchie limitée.

5 mai 1789
Ouverture des États généraux à VersaillesPolitique
1 200 délégués se réunissent à Versailles. Très vite le conflit éclate sur la façon de voter : par ordre (favorable aux privilégiés) ou par tête (favorable au Tiers état, plus nombreux). La réunion est dans l'impasse.
Acteurs : Louis XVI, Necker, Mirabeau, Sieyès
17 juin 1789
Le Tiers état se proclame Assemblée nationalePolitique
À l'initiative de Sieyès ("Qu'est-ce que le Tiers état ?"), les représentants du Tiers état se déclarent seuls représentants de la nation. Acte révolutionnaire fondateur : la souveraineté passe du roi à la nation.
Acteurs : Sieyès, Mirabeau, Bailly
Premier acte constitutionnel de la Révolution. Rupture de la légitimité royale absolue.
20 juin 1789
Serment du Jeu de paumePolitique
Exclus de leur salle de réunion sur ordre du roi, les députés se retrouvent dans la salle du Jeu de paume et jurent de ne pas se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France. Bailly préside.
Acteurs : Bailly, la quasi-totalité des députés du Tiers (et quelques nobles)
Le roi capitule le 27 juin et ordonne aux trois ordres de siéger ensemble.
14 juil. 1789
Prise de la BastilleSocial / Militaire
Le renvoi de Necker le 11 juillet provoque une insurrection parisienne. Le peuple s'empare des armes aux Invalides puis prend d'assaut la Bastille, symbole de l'arbitraire royal. Le gouverneur De Launay est tué. 98 morts parmi les assaillants.
Acteurs : De Launay (gouverneur, tué), peuple parisien, gardes françaises
Louis XVI rappelle Necker. La Révolution est irréversible. Date nationale depuis 1880.
Nuit du 4 août 1789
Abolition des privilèges féodauxSocial
Dans un élan d'enthousiasme, les nobles et le clergé renoncent à leurs privilèges : dîmes, servages, droits féodaux, vénalité des offices. En quelques heures, mille ans d'Ancien Régime s'effondrent. Le vicomte de Noailles prend l'initiative.
Acteurs : Vicomte de Noailles, duc d'Aiguillon, aristocratie "libérale"
Fin juridique de la société d'ordres. Égalité civile proclamée.
26 août 1789
Déclaration des droits de l'homme et du citoyenPolitique
17 articles proclamant les droits naturels et imprescriptibles de l'homme : liberté, propriété, sûreté, résistance à l'oppression. La souveraineté appartient à la nation. Inspirée des Lumières et de la Déclaration d'indépendance américaine.
Acteurs : Lafayette (principal rédacteur), Sieyès, Mirabeau
Texte fondateur des démocraties modernes. Intégré au préambule de la Constitution de 1958 toujours en vigueur.
5-6 oct. 1789
Marche des femmes sur VersaillesSocial
Des milliers de femmes parisiennes, excédées par la cherté du pain, marchent sur Versailles. Elles envahissent le château. Louis XVI, Marie-Antoinette et le dauphin sont ramenés de force à Paris et installés aux Tuileries.
Acteurs : Femmes du marché, Lafayette (garde nationale)
La famille royale est désormais prisonnière du peuple parisien. L'Assemblée suit à Paris.
12 juil. 1790
Constitution civile du clergéReligion
Le clergé devient fonctionnaire de l'État, élu par les citoyens, rémunéré par l'État. Les évêques ne sont plus nommés par le pape. Le serment imposé aux prêtres divise l'Église en "jureurs" et "réfractaires".
Rupture avec Rome. Les prêtres réfractaires alimenteront la contre-révolution, notamment en Vendée.
14 juil. 1790
Fête de la FédérationSocial
Au Champ-de-Mars, 300 000 Parisiens célèbrent le premier anniversaire de la prise de la Bastille. Louis XVI prête serment à la Constitution. Moment d'union nationale — la dernière avant longtemps.
Acteurs : Lafayette, Talleyrand, Louis XVI
20-21 juin 1791
Fuite à VarennesPolitique
Louis XVI et sa famille fuient secrètement Paris déguisés en domestiques. Reconnus à Varennes, ils sont ramenés à Paris sous escorte silencieuse. Le roi a laissé un manifeste désavouant la Révolution.
Acteurs : Louis XVI, Marie-Antoinette, Bouillé (organisateur), Drouet (qui les dénonce)
La confiance dans le roi est brisée. Le courant républicain émerge. La trahison royale est établie.
3 sept. 1791
Première constitution françaisePolitique
Monarchie constitutionnelle : le roi conserve le pouvoir exécutif et un droit de veto suspensif, mais la souveraineté appartient à la Nation. Suffrage censitaire (citoyens "actifs" : hommes payant un impôt). Séparation des pouvoirs.
Louis XVI l'accepte. La monarchie constitutionnelle dure moins d'un an avant l'insurrection du 10 août 1792.
Phase 2 Assemblée législative oct. 1791 – sept. 1792

Nouvelle assemblée, nouvelles têtes (les constituants s'étaient exclus eux-mêmes). Les Girondins poussent à la guerre extérieure ; les Montagnards s'y opposent. La guerre révèle la trahison du roi.

20 avr. 1792
Déclaration de guerre à l'AutricheMilitaireInternational
Les Girondins (Brissot) poussent à la guerre, persuadés que les peuples européens accueilleront les armées françaises en libérateurs. Louis XVI accepte, espérant secrètement que la défaite permettra la restauration de l'absolutisme. Début des guerres révolutionnaires.
Acteurs : Brissot, Louis XVI, Dumouriez
11 juil. 1792
"La Patrie en danger"Militaire
Face à l'invasion prussienne, l'Assemblée décrète la Patrie en danger. Levée de 100 000 volontaires. Les fédérés de Marseille arrivent à Paris en chantant "l'hymne des Marseillais" (futur hymne national).
10 août 1792
Chute de la monarchie — Assaut des TuileriesSocialMilitaire
L'insurrection populaire parisienne (fédérés, sans-culottes) prend d'assaut le palais des Tuileries. Les gardes suisses résistent et sont massacrés (~600 morts). Louis XVI se réfugie à l'Assemblée qui le suspend de ses fonctions. La monarchie est de facto abolie.
Acteurs : Sans-culottes, fédérés, Gardes suisses
Louis XVI emprisonné au Temple. La première République sera proclamée le 21 septembre.
2-6 sept. 1792
Massacres de septembreExécutions
La peur de l'invasion prussienne (Verdun vient de tomber) provoque une psychose. Des foules envahissent les prisons parisiennes et massacrent ~1 400 prisonniers (dont beaucoup de droit commun), convaincus qu'ils complotent avec l'ennemi. Les autorités ne réagissent pas.
Acteurs : Sans-culottes ; Danton (passivité)
Traumatisme durable. Début du débat sur la violence révolutionnaire.
20 sept. 1792
Bataille de ValmyMilitaire
La canonnade de Valmy stoppe l'invasion prussienne à quelques jours de Paris. "Vive la Nation !" Goethe, présent : "Une nouvelle époque de l'histoire du monde commence ici."
Acteurs : Kellermann, Dumouriez, duc de Brunswick (Prusse)
La Révolution est sauvée. La République sera proclamée le lendemain.
Phase 3 Convention nationale — Girondins sept. 1792 – juin 1793

La République est proclamée. Louis XVI est jugé et exécuté. Mais la guerre extérieure s'élargit et la contre-révolution s'embrase en Vendée. Le conflit entre Girondins (modérés) et Montagnards (radicaux, appuyés sur Paris) aboutit à l'élimination des Girondins.

21 sept. 1792
Proclamation de la RépubliquePolitique
La Convention abolit la royauté à l'unanimité. La République est proclamée. La France adopte un nouveau calendrier (an I) et entre dans l'ère républicaine. C'est la première fois depuis Rome qu'une grande puissance adopte le régime républicain.
Acte fondateur de la tradition républicaine française. "Liberté, Égalité, Fraternité" s'impose progressivement.
21 janv. 1793
Exécution de Louis XVIExécution
Louis Capet, jugé par la Convention, est condamné à mort à une très courte majorité (361 voix contre 360 pour la mort sans sursis). Il est guillotiné place de la Révolution (actuelle place de la Concorde). Il déclare : "Je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'impute."
Acteurs : Louis XVI, Robespierre (vote la mort), Malesherbes (défenseur)
Scandale dans toute l'Europe. La guerre s'étend à l'Angleterre, l'Espagne, la Hollande. Rupture irréversible avec la légitimité monarchique.
Mars 1793
Soulèvement de la VendéeMilitaireSocial
La levée en masse de 300 000 soldats déclenche une insurrection paysanne et catholique massive dans le bocage vendéen. Les "Blancs" (royalistes, catholiques) s'organisent en armée catholique et royale sous Cathelineau, d'Elbée, Bonchamps, La Rochejaquelein.
Acteurs : Cathelineau, d'Elbée, La Rochejaquelein (Vendéens) ; Kléber (républicains)
Guerre civile sanglante jusqu'en 1796. Les "Colonnes infernales" de Turreau (1794) feront entre 100 000 et 250 000 morts — chiffre encore débattu.
Avr. 1793
Création du Comité de salut publicPolitique
Face aux crises intérieures et extérieures, la Convention crée un comité exécutif de 9 membres (puis 12) doté de pouvoirs extraordinaires. D'abord dominé par Danton, il passera sous le contrôle de Robespierre à l'été 1793.
Instrument de la Terreur. Concentre tous les pouvoirs jusqu'en thermidor.
2 juin 1793
Journée du 2 juin — Chute des GirondinsPolitique
80 000 sans-culottes armés encerclent la Convention. Sous la pression, l'assemblée vote l'arrestation de 29 chefs girondins. Fin du courant modéré fédéraliste. La Convention est désormais dominée par les Montagnards et la Plaine soumise à Paris.
Acteurs : Hanriot (commandant la garde nationale), Robespierre, Marat
La Terreur peut commencer. Les départements girondins se soulèvent (fédéralisme).
Phase 4 La Terreur juin 1793 – 27 juil. 1794 (9 thermidor an II)

Robespierre et Saint-Just dominent le Comité de salut public. La République est en danger de tous côtés : coalition, Vendée, fédéralisme. La Terreur est érigée en système : ~17 000 exécutions officielles, ~40 000 morts au total. Jusqu'au retournement de thermidor.

13 juil. 1793
Assassinat de MaratExécution
Charlotte Corday, jeune Normande girondine, poignarde Marat dans sa baignoire médicinale. Elle est guillotinée 4 jours plus tard. Marat, figure populaire radicale, est transformé en martyr de la Révolution par David et la propagande montagnarde.
Acteurs : Charlotte Corday, Marat
Le martyre de Marat radicalise la Convention. L'iconographie révolutionnaire en fait un saint laïc.
17 sept. 1793
Loi des suspectsPolitique
Tout citoyen ne pouvant justifier de ses moyens de subsistance ou de son civisme peut être arrêté. Définition délibérément floue qui permet d'emprisonner n'importe qui. Des centaines de milliers d'arrestations s'ensuivent.
Instrument central de la Terreur. Les prisons débordent. Environ 500 000 personnes arrêtées en France.
16 oct. 1793
Exécution de Marie-AntoinetteExécution
La reine, emprisonnée depuis août 1792, est jugée en deux jours devant le Tribunal révolutionnaire pour trahison et "crimes contre la nature" (accusation incestueuse que même Robespierre trouve excessive). Elle est guillotinée place de la Révolution. Elle a 37 ans.
Acteurs : Marie-Antoinette, Fouquier-Tinville (accusateur public), Herman (président du tribunal)
Choc dans toutes les cours européennes. Intensification de la guerre de coalition.
31 oct. 1793
Exécution des 21 chefs girondinsExécution
Brissot, Vergniaud et 19 autres Girondins sont guillotinés. Vergniaud aurait dit : "La Révolution, comme Saturne, dévore ses propres enfants." Mme Roland, en montant à l'échafaud : "Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom !"
Acteurs : Brissot, Vergniaud, Mme Roland
Nov. 1793
DéchristianisationReligion
Le mouvement hébertiste impose la fermeture des églises, la déprêtrisation forcée, le culte de la Raison (célébré à Notre-Dame de Paris). Nouveau calendrier républicain remplaçant les saints par des végétaux et des animaux. Robespierre s'y oppose, préférant son "culte de l'Être suprême".
Rupture avec le catholicisme populaire. Alimente la résistance vendéenne. Le Concordat de 1801 refermera partiellement cette blessure.
5 avr. 1794
Exécution de DantonExécution
Danton, qui appelait à plus de clémence, est arrêté avec Desmoulins sur ordre de Robespierre. Au tribunal, il se défend avec une telle violence qu'on doit clore les débats d'autorité. À l'échafaud : "Montre ma tête au peuple, elle en vaut la peine." La Révolution mange ses héros.
Acteurs : Danton, Desmoulins, Robespierre, Saint-Just
Robespierre est désormais seul maître. La Grande Terreur qui suit est encore plus meurtrière.
10 juin 1794
(22 prairial)
Loi du 22 prairial — La Grande TerreurPolitique
La loi supprime les défenseurs, simplifie les procédures, ne permet que deux verdicts : acquittement ou mort. Le rythme des exécutions s'emballe : 1 300 guillotinés à Paris en 47 jours (dont Lavoisier, Olympe de Gouges avait été exécutée en novembre). 50 exécutions par jour en juillet.
Acteurs : Robespierre, Saint-Just, Fouquier-Tinville
27 juil. 1794
(9 thermidor an II)
Chute de RobespierrePolitique
À la Convention, une coalition de survivants (Tallien, Fouché, Barras — tous anciens terroristes qui craignent pour leur vie) met Robespierre en accusation. Il est arrêté. Saint-Just n'a pas le temps de finir son discours. Dans la nuit, la Commune insurrectionnelle tentant de le libérer échoue. Robespierre est blessé à la mâchoire (tentative de suicide ?). Le lendemain il monte à l'échafaud sans pouvoir parler.
Acteurs : Robespierre, Saint-Just, Couthon (exécutés) ; Tallien, Fouché, Barras (comploteurs)
Fin de la Terreur. Les prisons s'ouvrent. Les Jacobins sont poursuivis à leur tour. La Révolution entre dans sa phase conservatrice.
Phase 5 Convention thermidorienne juil. 1794 – oct. 1795

Réaction : les survivants démantèlent la Terreur, ferment le Club des Jacobins, libèrent les prisonniers. La "jeunesse dorée" (muscadins) attaque les Jacobins dans les rues. Mais les crises sociales persistent et les derniers sans-culottes se soulèvent une dernière fois.

Août 1794
Démantèlement de la TerreurPolitique
Fermeture du Tribunal révolutionnaire dans sa forme terroriste. Libération progressive des prisonniers politiques. Retour des 73 Girondins rescapés à la Convention. Rappel des représentants en mission les plus sanguinaires.
Acteurs : Tallien, Barras, Fréron
Nov. 1794
Fermeture du Club des JacobinsPolitique
La Convention ferme le Club des Jacobins après des incidents violents fomentés par la "jeunesse dorée" thermidorienne. Début de la "réaction thermidorienne" : les anciens terroristes sont poursuivis, les noyades de Nantes et les fusillades de Lyon font l'objet d'enquêtes.
Acteurs : Carrier (noyades de Nantes, exécuté), Fouché (exilé)
Avr.–mai 1795
Derniers soulèvements populaires (Germinal, Prairial)Social
La misère persistante provoque deux insurrections : "Du pain et la Constitution de 93 !" Les sans-culottes envahissent la Convention mais sont repoussés. Fin de l'influence populaire directe sur la politique. Le peuple parisien est désarmé.
Les derniers Montagnards (Romme, "les Martyrs de Prairial") se suicident à l'annonce de leur condamnation.
22 août 1795
Constitution de l'an IIIPolitique
Nouvelle constitution conservatrice : deux chambres (Conseil des Cinq-Cents + Conseil des Anciens), un Directoire de cinq membres exécutifs. Retour au suffrage censitaire. La loi des deux tiers oblige à réélire les deux tiers des conventionnels — ce qui provoque un soulèvement royaliste (13 vendémiaire).
Acteurs : Sieyès (rédacteur), Boissy d'Anglas
5 oct. 1795
(13 vendémiaire)
Coup d'éclat de BonaparteMilitaire
Une insurrection royaliste parisienne est écrasée par le général Bonaparte, mandaté par Barras. Bonaparte fait tirer à la mitraille sur les insurgés ("une bouffée de mitraille"). 200 morts. Première apparition de Bonaparte sur la scène politique intérieure.
Acteurs : Bonaparte, Barras
Bonaparte reçoit le commandement de l'armée d'Italie. Sa carrière politique est lancée.
Phase 6 Directoire nov. 1795 – nov. 1799

Régime instable, corrompu et impopulaire, mais qui survit grâce aux victoires militaires. Bonaparte conquiert l'Italie, part en Égypte, rentre en héros. Le coup d'État du 18 brumaire met fin à la Révolution et ouvre l'ère consulaire.

Mar.–nov. 1796
Campagne d'Italie de BonaparteMilitaire
En 12 mois, Bonaparte bat les Piémontais puis les Autrichiens dans une série de victoires fulgurantes : Montenotte, Millesimo, Lodi (pont de Lodi), Castiglione, Arcole, Rivoli. Il négocie seul les traités, remodèle la carte de l'Italie, envoie à Paris des richesses immenses et se construit une légende.
Acteurs : Bonaparte, Masséna, Augereau, Joubert
Traité de Campo-Formio (oct. 1797). L'Autriche sort de la guerre. Bonaparte est le général le plus célèbre de France — et le plus dangereux pour la République.
Mai 1796
Conjuration des Égaux — BabeufSocial
Gracchus Babeuf organise un complot pour renverser le Directoire et instaurer une véritable égalité économique (abolition de la propriété privée). Le complot est découvert. Babeuf est guillotiné. Première tentative d'un communisme primitif — ancêtre des socialismes du XIXe siècle.
Acteurs : Babeuf, Buonarroti
Juil. 1798 – août 1799
Campagne d'ÉgypteMilitaireInternational
Bonaparte part avec 38 000 hommes et 167 savants pour "couper la route des Indes" à l'Angleterre. Victoire des Pyramides (21 juillet). Mais la flotte française est détruite par Nelson à Aboukir (1-2 août). Bonaparte abandonne son armée en Égypte en août 1799 et rentre en France.
Acteurs : Bonaparte, Kléber, Nelson (GB), Champollion (savants — découverte de la pierre de Rosette)
Échec militaire masqué en victoire par la propagande. L'expédition fonde l'égyptologie moderne.
9-10 nov. 1799
(18-19 brumaire an VIII)
Coup d'État du 18 brumaire — Fin de la RévolutionPolitique
Bonaparte, avec l'aide de Sieyès et de son frère Lucien (président des Cinq-Cents), force la dissolution des Conseils sous prétexte d'un complot jacobin. Au Conseil des Cinq-Cents à Saint-Cloud, les grenadiers expulsent les députés récalcitrants. Bonaparte est nommé Premier Consul. "La Révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée. Elle est finie."
Acteurs : Bonaparte, Lucien Bonaparte, Sieyès, Barras (neutralisé), Fouché (police)
Fin de la Révolution. Début du Consulat puis de l'Empire. La Constitution de l'an VIII concentre tous les pouvoirs sur le Premier Consul.
Figures de la Révolution
Mirabeau
Tribune de la Constituante
1749–1791
Orateur génial, aristocrate rallié au Tiers état. Défend la monarchie constitutionnelle tout en négociant secrètement avec le roi. Sa mort prématurée prive la Révolution de son meilleur modérateur.
† Mort naturelle (avr. 1791). Ses papiers révèlent ses contacts avec le roi — son cercueil est retiré du Panthéon.
Abbé Sieyès
Idéologue constitutionnel
1748–1836
"Qu'est-ce que le Tiers état ?" lance la Révolution. Rédige plusieurs constitutions. Survit à toutes les phases par sa prudence. Partenaire de Bonaparte au 18 brumaire — mais rapidement mis de côté.
† Survécut à tout, mort sous la Monarchie de Juillet.
Robespierre
Chef du Comité de salut public
1758–1794
Avocat arrachien incorruptible, défenseur des pauvres à la Constituante. Porte la Terreur comme instrument de salut républicain. Inflexible, il s'isole progressivement de tous ses alliés. Renversé par ceux qu'il allait guillotiner.
† Guillotiné le 28 juillet 1794 (10 thermidor).
Danton
Ministre de la Justice, tribun
1759–1794
Grande gueule et grand corps, Danton galvanise la résistance en 1792. Fondateur du Tribunal révolutionnaire, il demande ensuite l'indulgence — ce qui signe son arrêt de mort. Son procès est la scène la plus dramatique de la Révolution.
† Guillotiné le 5 avril 1794, sur ordre de Robespierre.
Saint-Just
Idéologue de la Terreur
1767–1794
"L'ange de la mort" : à 24 ans, il vote la mort du roi, rédige les rapports les plus impitoyables. Formule les théories de la Terreur vertueuse. Fidèle à Robespierre jusqu'au bout, il ne dit rien à la Convention le 9 thermidor — interrompu avant d'avoir pu parler.
† Guillotiné le 28 juillet 1794, à 26 ans.
Marat
Journaliste révolutionnaire radical
1743–1793
Son journal L'Ami du peuple est la voix des sans-culottes. Demande des milliers de têtes, exige le sang des modérés. Atteint de prurit (maladie de peau), il tient ses audiences dans sa baignoire. Assassiné par Charlotte Corday, transformé en martyr par David.
† Assassiné le 13 juillet 1793.
Lafayette
Chef de la garde nationale
1757–1834
Héros de la guerre d'Indépendance américaine, libéral aristocrate. Rédige la Déclaration des droits (avec Jefferson). Commande la garde nationale. Tente de maintenir une ligne médiane impossible. Déserte en 1792 plutôt que de se soumettre.
† Emprisonné en Autriche, libéré par Bonaparte, devient député sous la Restauration. Mort en 1834.
Olympe de Gouges
Militante, auteure de la Déclaration des droits de la femme
1748–1793
Rédige en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (miroir de celle de 1789). Dénonce l'exclusion des femmes de la citoyenneté. Critique la Terreur. Arrêtée sous la loi des suspects pour ses pamphlets anti-Montagnards.
† Guillotinée le 3 novembre 1793.
Tallien / Barras / Fouché
Thermidoriens — anciens terroristes reconvertis
divers
Tallien et Fouché ont été parmi les massacreurs les plus terribles en province (Lyon, Nantes). Menacés par Robespierre, ils complotent thermidor pour se sauver. Barras devient l'homme fort du Directoire, patron de Bonaparte, amant de Joséphine.
† Tous survivent — Fouché sera ministre de la Police jusqu'en 1815.
Napoléon Bonaparte
Général, Premier Consul
1769–1821
Artilleur corse, remarqué au siège de Toulon (1793). Sauve la Convention le 13 vendémiaire (1795). Campagne d'Italie (1796-97), Égypte (1798-99). Rentre en héros, profite de l'instabilité du Directoire pour prendre le pouvoir.
† Mort à Sainte-Hélène le 5 mai 1821, en exil après Waterloo.
Condorcet
Philosophe, mathématicien, Girondin
1743–1794
Dernier des Philosophes des Lumières. Défend l'égalité des droits des femmes et l'abolition de l'esclavage. Rédige un plan d'instruction publique. Girondin, proscrit après le 2 juin, se cache et rédige en clandestinité son "Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain".
† Arrêté en mars 1794, mort en prison (suicide ou épuisement), avant d'être guillotiné.
Charlotte Corday
Militante girondine
1768–1793
Jeune Normande des Lumières, révoltée par les massacres de septembre et la chute des Girondins. Décide seule de tuer Marat pour "sauver 100 000 vies". Elle monte à l'échafaud avec sérénité, persuadée d'être dans l'Histoire. "J'ai tué un homme pour en sauver cent mille."
† Guillotinée le 17 juillet 1793, 4 jours après l'assassinat de Marat.
Références
Ouvrages fondamentaux
Soboul, A. — La Révolution française, Gallimard, 1962
Furet, F. & Richet, D. — La Révolution française, Fayard, 1973
Furet, F. — Penser la Révolution française, Gallimard, 1978
Schama, S. — Citizens, Knopf, 1989 (trad. Les Citoyens)
La Terreur
Linton, M. — Choosing Terror, Oxford UP, 2013
Biard, M. — La Liberté ou la Mort, Tallandier, 2009
Tackett, T. — Le roi s'enfuit : Varennes et l'origine de la Terreur, La Découverte, 2004
Figures
Hampson, N. — Danton, Basil Blackwell, 1978
Scurr, R. — Robespierre, la mort de Dieu, Flammarion, 2007
Blanc, O. — Olympe de Gouges, Syros, 1981
Vendée & guerres
Martin, J.-C. — La Vendée et la France, Seuil, 1987
Dupuy, R. — La République jacobine, Seuil, 2005
Ressources numériques
revolution-francaise.net — chronologies détaillées
BnF Gallica — Archives parlementaires, presse révolutionnaire
IHRF (Institut d'Histoire de la Révolution française) — Paris 1