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Ancien Régime
1648→ 1653
La Fronde
Politique
Sociale
★★★ Crise majeure
Causes
Fiscalité abusive de Mazarin pour financer la guerre de Trente Ans. Résistance du Parlement de Paris, puis de la haute noblesse (Condé, Conti). Minorité de Louis XIV (né en 1638) affaiblit l'autorité royale.
Déroulement
Fronde parlementaire (1648-49) : le Parlement refuse d'enregistrer les édits fiscaux. Mazarin fait arrêter des conseillers ; Paris se barricade. Paix de Rueil (mars 1649). Fronde des princes (1650-53) : Condé, Conti et Longueville emprisonnés, puis libérés. Condé allie avec l'Espagne contre la France. La trahison des grands nobles effraie la population ; elle se rallie au roi.
Résolution
Rentrée du roi à Paris en 1652, amnistie générale. Retour de Mazarin en 1653. La Fronde échoue : elle ne produit ni réformes constitutionnelles ni limitation du pouvoir royal.
Conséquences
Louis XIV, traumatisé par la Fronde enfant, tire la leçon : soumettre la noblesse à Versailles, centraliser le pouvoir, ne jamais résider à Paris. L'absolutisme monarchique s'en trouve renforcé, non affaibli.
La Fronde est-elle une révolution manquée ? Certains historiens (Roland Mousnier) la voient comme une révolte réactionnaire des élites contre l'État moderne. D'autres (Denis Crouzet) y lisent une crise constitutionnelle avortée proche de la Révolution anglaise contemporaine.
1716→ 1720
Le Système de Law — première bulle financière
Économique
Institutionnelle
★★ Crise grave
Causes
La mort de Louis XIV (1715) laisse une dette colossale. Le Régent Philippe d'Orléans confie les finances à John Law, financier écossais, qui propose de remplacer la monnaie métallique par du papier-monnaie et des actions de la Compagnie du Mississippi.
Déroulement
Law crée la Banque générale (1716), puis la Compagnie des Indes (fusion 1719). Spéculation frénétique : les actions passent de 500 à 18 000 livres. La rue Quincampoix à Paris devient le premier "marché boursier" français. En 1720, la confiance s'effondre : les porteurs réclament du métal, la banque ne peut honorer les remboursements. Law s'enfuit en décembre 1720.
Conséquences
Le krach ruine des milliers de familles. La méfiance envers le papier-monnaie durera un siècle en France. La Banque de France ne sera créée qu'en 1800. Le mot "banque" devient péjoratif en français pour plusieurs décennies.
Le Système de Law annonce-t-il les bulles financières modernes ? Les économistes débattent de sa viabilité : certains (Antoin Murphy) estiment qu'en l'absence de panique, le système pouvait fonctionner ; d'autres y voient une fraude pyramidale structurelle.
1788→ 1789
La crise de subsistances & la Grande Peur
Sociale
Économique
★★★ Crise majeure
Causes
Mauvaises récoltes de 1788 (gel, grêle). Le prix du pain atteint 88% du salaire d'un ouvrier à Paris. La faillite de l'État interdit toute aide. Les États généraux convoqués en mai 1789 font monter la tension politique.
Déroulement
Émeutes frumentaires dans toutes les provinces. Après la prise de la Bastille (14 juillet), la Grande Peur (20 juillet – 6 août 1789) : rumeurs de "brigands" armés par les nobles sèment la panique dans les campagnes. Les paysans attaquent les châteaux, brûlent les terriers. Nuit du 4 août : l'Assemblée abolit les privilèges féodaux.
Conséquences
La crise de subsistances est le détonateur social de la Révolution. Sans la faim, la mobilisation de masse n'aurait pas eu lieu. Le lien entre pauvreté paysanne et révolution politique est établi pour la première fois en Europe.
Révolution & Empire
1793→ 1794
La Terreur
Politique
Sociale
Institutionnelle
★★★ Crise majeure
Causes
Coalition européenne contre la France révolutionnaire. Guerre de Vendée (insurrection royaliste et catholique). Trahison de Dumouriez. Assassinat de Marat (juillet 1793). Crise de ravitaillement.
Déroulement
Le Comité de salut public dominé par Robespierre prend les pleins pouvoirs. Tribunal révolutionnaire expéditif : 16 594 condamnations à mort officielles (dont Marie-Antoinette, les Girondins, Danton, Desmoulins), plus 25 000 à 40 000 morts sans jugement (noyades de Nantes, fusillades de Lyon). La loi du 22 prairial (juin 1794) supprime la défense pour l'accusé.
Résolution
Coup d'État du 9 thermidor (27 juillet 1794) : Robespierre arrêté et guillotiné le lendemain. Réaction thermidorienne : démantèlement des institutions de la Terreur.
Conséquences
La Terreur reste le traumatisme fondateur du rapport français à la démocratie. Elle alimente pendant deux siècles le débat : la Révolution était-elle inévitablement violente ? Elle justifie les théories contre-révolutionnaires (de Maistre, Burke).
La Terreur était-elle inévitable ? Furet et Richet voient dans la Terreur la dérive pathologique de 1789 (la révolution "dérape"). Mathiez et Soboul la défendent comme défense nationale d'urgence. Le débat structure l'historiographie de la Révolution française depuis deux siècles.
1799
Le 18 Brumaire — coup d'État de Bonaparte
Institutionnelle
Politique
Militaire
★★ Crise grave
Causes
Le Directoire est discrédité par la corruption, l'instabilité (5 coups d'État en 4 ans) et les défaites militaires en Italie et Égypte. Sieyès, directeur, cherche un "sabre" pour réformer les institutions. Bonaparte rentre d'Égypte en octobre 1799.
Déroulement
Les 18-19 brumaire an VIII (9-10 novembre 1799), les Conseils sont transportés à Saint-Cloud. Bonaparte affronte les résistances des Cinq-Cents ("Hors la loi ! À bas le dictateur !"). Son frère Lucien, président du Conseil, ordonne aux grenadiers d'évacuer la salle. Vote nocturne d'une commission de trois consuls : Bonaparte, Sieyès, Ducos.
Conséquences
Fin de la Révolution. Le Consulat centralise le pouvoir ; la Constitution de l'an VIII (1799) donne les pleins pouvoirs à Bonaparte. En 1804, il se proclame Empereur. La France sort d'une décennie révolutionnaire par un retour à l'homme providentiel — modèle qui reviendra en 1851 et 1958.
1815
Les Cent-Jours
Militaire
Politique
Institutionnelle
★★★ Crise majeure
Causes
Mécontentement de l'armée sous la Restauration. La noblesse émigrée revenue avec Louis XVIII réclame ses terres. Bonaparte s'évade de l'île d'Elbe le 26 février 1815, débarque à Golfe-Juan le 1er mars.
Déroulement
"Vol de l'Aigle" : traversée des Alpes, les régiments envoyés l'arrêter se rallient (le célèbre "soldats, reconnaissez-vous votre général ?"). Entrée à Paris le 20 mars. Louis XVIII s'enfuit. L'Acte additionnel libéralise l'Empire. Waterloo (18 juin 1815) : défaite face aux Anglais de Wellington et aux Prussiens de Blücher. Abdication le 22 juin.
Conséquences
Traité de Paris plus sévère (1815). Quadruple-Alliance contre la France. Retour de Louis XVIII, Terreur blanche (massacres de bonapartistes et protestants dans le Midi). Le mythe napoléonien se construit sur cette fin tragique : Sainte-Hélène, le "martyrologue" de Las Cases.
XIXe siècle
1830
Les Trois Glorieuses
Politique
Sociale
★★ Crise grave
Causes
Charles X, ultra-royaliste, signe les Ordonnances de Saint-Cloud (25 juillet 1830) : dissolution de la Chambre, suppression de la liberté de presse, restriction du droit de vote. Les journalistes refusent d'obéir ; les ouvriers typographes descendent dans la rue.
Déroulement
27-29 juillet 1830 : trois jours de combats à Paris (barricades, fusillades). 800 morts. Les républicains veulent proclamer la République ; les libéraux orléanistes imposent Louis-Philippe d'Orléans comme "roi des Français" (et non plus "roi de France"). Charles X abdique et s'exile.
Conséquences
La Monarchie de Juillet instaure une monarchie constitutionnelle bourgeoise (suffrage censitaire). Déception des républicains et ouvriers. Le modèle des barricades parisiennes inspirera 1848 et la Commune. La Charte révisée supprime la religion catholique comme religion d'État.
1848
La Révolution de Février & les Journées de Juin
Politique
Sociale
Institutionnelle
★★★ Crise majeure
Causes
Crise économique de 1846-47 (faillites, chômage). Campagne des banquets républicains (contre la corruption de la Monarchie de Juillet). Interdiction du banquet du 22 février 1848 déclenche les émeutes.
Déroulement
22-24 février : barricades, chute de Guizot, abdication de Louis-Philippe. IIe République proclamée (25 fév.). Ateliers nationaux pour absorber le chômage (100 000 ouvriers). En juin, leur fermeture provoque l'insurrection ouvrière (Journées de Juin, 23-26 juin) : 3 000 à 4 000 morts, 12 000 arrestations. Le général Cavaignac réprime dans le sang.
Conséquences
Fracture entre République bourgeoise et classe ouvrière. Louis-Napoléon Bonaparte élu président en décembre (75% des voix). Coup d'État du 2 décembre 1851, puis Second Empire (1852). 1848 révèle la "question sociale" comme centrale — Marx en tire les leçons du 18 Brumaire de Louis Bonaparte.
Les Journées de Juin sont-elles la première insurrection de classe ? Marx les interprète comme la première guerre civile entre bourgeoisie et prolétariat. Tocqueville, présent comme député, les voit comme une jacquerie sans programme politique. Ce débat structure toute la pensée socialiste du XIXe siècle.
1851
Le Coup d'État du 2 décembre
Institutionnelle
Politique
★★ Crise grave
Causes
Louis-Napoléon Bonaparte, président depuis 1848, ne peut briguer un second mandat (Constitution de 1848). La majorité monarchiste à l'Assemblée refuse la révision constitutionnelle.
Déroulement
Dans la nuit du 1er au 2 décembre (anniversaire d'Austerlitz), l'armée occupe Paris. Les chefs républicains sont arrêtés (Thiers, Cavaignac). Victor Hugo tente en vain de soulever le peuple depuis les barricades. Plébiscite du 20 décembre : 92% approuvent le coup d'État. Second Empire proclamé en 1852.
Conséquences
Fin de la IIe République. 27 000 arrestations ; 10 000 déportés en Algérie. Hugo s'exile à Jersey puis Guernesey jusqu'en 1870 (écrira Les Châtiments, Les Misérables depuis l'exil).
1871
La Commune de Paris
Sociale
Militaire
Politique
★★★ Crise majeure
Causes
Défaite de Sedan (septembre 1870), siège de Paris, humiliation de la capitulation (janvier 1871). Armistice signé par Thiers et l'Assemblée de Bordeaux, réputée rurale et monarchiste. Paris, épuisé et armé, refuse de rendre les canons de Montmartre.
Déroulement
18 mars : les soldats de Thiers fraternisent avec la foule, deux généraux lynchés. Élections de la Commune le 26 mars. Gouvernement ouvrier révolutionnaire : séparation Église-État, remise des loyers, journée de 10h, éducation laïque. Semaine sanglante (21-28 mai) : l'armée versaillaise entre par la porte de Saint-Cloud. 20 000 à 30 000 communards exécutés (plus que la Terreur). Mur des Fédérés, Père-Lachaise.
Conséquences
La Commune entre dans la mémoire ouvrière mondiale (Marx : "le gouvernement de la classe ouvrière"). La IIIe République, traumatisée, s'installe à Versailles jusqu'en 1879. La réconciliation nationale est longue : amnistie générale seulement en 1880.
La Commune : révolution socialiste ou soulèvement patriotique parisien ? Marx y voit la première expérience de "dictature du prolétariat". Mais les historiens récents (Jacques Rougerie) montrent que la majorité des communards étaient des artisans et petits-bourgeois, non des prolétaires industriels — et que la résistance à Versailles et l'esprit patriotique comptaient autant que la conscience de classe.
1894→ 1906
L'Affaire Dreyfus
Institutionnelle
Politique
★★★ Crise majeure
Causes
Alfred Dreyfus, capitaine juif de l'état-major, est accusé de trahison sur la base d'un bordereau attribué à tort. Condamné en décembre 1894, dégradé, déporté à l'île du Diable. L'armée protège le vrai coupable (commandant Esterhazy).
Déroulement
Zola publie "J'Accuse…!" (13 janvier 1898) dans L'Aurore. La France se déchire en dreyfusards (Jaurès, Clemenceau, Proust) et antidreyfusards (Barrès, Drumont, la Ligue des patriotes). Deux procès, deux condamnations, puis grâce présidentielle (1899), enfin réhabilitation totale (1906). Esterhazy et le colonel Henry (faussaire) fuient ou se suicident.
Conséquences
L'Affaire structure la vie politique française pour un siècle : gauche laïque-républicaine vs droite nationaliste-catholique. Elle provoque la séparation de l'Église et de l'État (1905) et la loi de 1901 sur les associations. Theodor Herzl, journaliste viennois à Paris, y voit la preuve que les Juifs n'auront jamais leur place en Europe — il fonde le sionisme en 1897.
L'Affaire révèle-t-elle un antisémitisme d'État ou un antisémitisme social "de bas en haut" ? Pierre Birnbaum insiste sur la responsabilité des élites républicaines elles-mêmes (l'armée, la magistrature). Michael Burns montre que l'antisémitisme était diffus dans toute la société française, y compris chez des républicains sincères. Vichyisme et Affaire Dreyfus : continuité ou rupture ?
XXe siècle
1934
Le 6 Février 1934 — la République menacée
Politique
Sociale
★★ Crise grave
Causes
Crise économique mondiale (chômage, faillites). Affaire Stavisky (escroc protégé par des élus radicaux, mort suspecte). Instabilité gouvernementale chronique de la IIIe République (six gouvernements en 1933).
Déroulement
6 février : les ligues fascisantes (Croix-de-Feu du colonel de La Rocque, Action française de Maurras, Jeunesses patriotes) manifestent place de la Concorde. Les Camelots du Roi tentent de forcer le Pont de la Concorde. La police tire : 15 morts, 1 500 blessés. Le gouvernement Daladier démissionne le lendemain.
Conséquences
En réaction, la gauche (radicaux, socialistes, communistes) s'unit dans le Front populaire (victoire électorale en mai 1936). L'union face à la menace fasciste reste la réponse politique. Mais la droite française n'oublie pas la leçon : la pression de rue paie.
Le 6 février 1934 est-il une tentative de coup d'État fasciste ? René Rémond minimise le danger ("des ligues, pas des fascistes"). Pour Zeev Sternhell, la France était au bord du fascisme depuis les années 1880. Pour Serge Berstein, les ligues manquaient d'organisation et de projet cohérent pour renverser le régime.
1940
La Débâcle et l'armistice
Militaire
Institutionnelle
Politique
★★★ Crise majeure
Causes
Doctrine défensive française (ligne Maginot), sous-estimation de la guerre de mouvement. Wehrmacht perce aux Ardennes (mai 1940, plan Manstein). La cavalerie française est encerclée ; Dunkerque (évacuation de 338 000 soldats alliés).
Déroulement
En six semaines, 100 000 soldats français morts, 1,8 million de prisonniers. L'Exode : 8 millions de civils fuient sur les routes. Paris déclaré "ville ouverte" le 14 juin. Reynaud démissionne, Pétain forme le gouvernement. Armistice signé le 22 juin 1940 à Rethondes (même wagon que 1918). De Gaulle lance son appel du 18 juin depuis Londres.
Conséquences
Fin de la IIIe République : le 10 juillet, 569 parlementaires votent les pleins pouvoirs à Pétain (80 refusent). L'État français collabore avec l'Allemagne nazie. La France est coupée en deux : zone occupée / zone libre. La Résistance naît dans la marginalité (de Gaulle n'a que quelques centaines d'hommes en juillet 1940).
La défaite de 1940 était-elle inévitable ? Marc Bloch (L'Étrange Défaite, écrit en 1940) pointe la faillite des élites militaires et politiques. Les historiens récents (Ernest May, Karl-Heinz Frieser) montrent que la Wehrmacht aurait pu être arrêtée si la réserve blindée française avait été engagée autrement. Le débat touche aussi au choix de l'armistice : capitulation, ou continuation depuis l'Afrique du Nord ?
1958
La crise du 13 mai — fin de la IVe République
Institutionnelle
Politique
Militaire
★★★ Crise majeure
Causes
Guerre d'Algérie depuis 1954. La IVe République produit 25 gouvernements en 12 ans. Les Européens d'Algérie craignent l'abandon. L'armée, humiliée en Indochine, veut garder l'Algérie à tout prix.
Déroulement
13 mai 1958 : à Alger, les pieds-noirs et militaires prennent le Gouvernement général. Comité de Salut public dirigé par Massu, qui appelle de Gaulle. Le général Salan crie "Vive de Gaulle !" du balcon. Menace de parachutistes sur Paris (opération Résurrection, jamais déclenchée). De Gaulle accepte de prendre le pouvoir légalement (investi le 1er juin 1958 par l'Assemblée). Il rédige la Constitution de la Ve République.
Conséquences
Naissance de la Ve République (Constitution de septembre 1958) : présidentialisation du régime, dissolution de l'Assemblée, article 16. De Gaulle résout la crise algérienne par une voie que personne n'attendait : l'indépendance (1962). Les militaires fellaghas tentent de l'assassiner (OAS, attentat du Petit-Clamart, 1962).
De Gaulle a-t-il manipulé la crise pour prendre le pouvoir ? Pour certains historiens (Pierre Vidal-Naquet), il a laissé la crise s'aggraver pour être appelé comme "sauveur". Pour d'autres (Jean Lacouture), il a véritablement évité le coup d'État militaire. Le rôle de Jacques Foccart et des gaullistes dans le déclenchement des événements reste obscur.
1968
Mai 68
Sociale
Politique
★★★ Crise majeure
Causes
Croissance économique des Trente Glorieuses sans redistribution culturelle. Université de masse inadaptée (Nanterre, 30 000 étudiants entassés). Contestation de l'autorité gaullienne jugée vieillissante. Inspiration internationale (guerre du Vietnam, Prague, révolution cubaine).
Déroulement
3 mai : fermeture de la Sorbonne ; nuit des barricades (10-11 mai). Grève générale du 13 mai : 10 millions de grévistes, la plus grande grève de l'histoire française. De Gaulle part secrètement à Baden-Baden consulter le général Massu. Retour le 30 mai : discours, dissolution de l'Assemblée. Manifestation gaulliste aux Champs-Élysées (800 000 personnes). Élections législatives de juin : victoire écrasante des gaullistes.
Conséquences
De Gaulle perd le référendum de 1969 et démissionne. Révolution culturelle profonde : autorisation de la contraception (loi Neuwirth, 1967 appliquée en 1969), dépénalisation de l'homosexualité (1982), réforme de l'université (loi Faure). La société française sort transformée même si la politique reste stable.
Mai 68 : révolution avortée ou révolution culturelle accomplie ? Raymond Aron (La Révolution introuvable) voit une "psychodrame" sans révolution réelle — les structures économiques restent intactes. Mais les sociologues (Luc Boltanski, Ève Chiapello) montrent que mai 68 a profondément reconfiguré les valeurs, le management et la vie privée — une "révolution de l'individu" plutôt que des structures.
1973→ 1975
Le choc pétrolier — fin des Trente Glorieuses
Économique
Sociale
★★ Crise grave
Causes
Guerre du Kippour (octobre 1973) : l'OPEP quadruple le prix du pétrole en représailles au soutien occidental à Israël. La France, dépendante à 77% du pétrole pour son énergie, est directement touchée. Fin du système monétaire de Bretton Woods (1971) et flottement du dollar aggravent le désordre.
Déroulement
Le prix du baril passe de 3$ à 12$ en quelques semaines. Dimanches sans voitures, rationnement de l'essence. Inflation à 15%, montée du chômage (de 400 000 à 1 million). Giscard d'Estaing, élu en 1974, parle de "fin de l'insouciance".
Conséquences
La France lance un programme nucléaire civil massif (58 réacteurs) pour réduire la dépendance pétrolière — décision qui structure encore aujourd'hui le mix énergétique français. Chômage structurel : jamais en dessous de 7% depuis 1975. Fin du plein-emploi et de la croissance à 5%/an des Trente Glorieuses.
1986→ 1988
La première cohabitation
Institutionnelle
Politique
★ Crise significative
Causes
Mitterrand (socialiste, élu en 1981, 1988) perd les législatives en 1986 : la droite (RPR-UDF) obtient la majorité. La Constitution de la Ve République n'avait pas prévu cette situation : article 20 confie le gouvernement à la majorité parlementaire.
Déroulement
Mitterrand nomme Chirac Premier ministre contre son gré. Deux têtes de l'exécutif coexistent : Mitterrand garde les affaires étrangères et la défense ("domaine réservé") ; Chirac gouverne en interne. La formule "Je l'ai choisi, parce que je n'avais pas le choix" illustre la tension.
Conséquences
La cohabitation fonctionne sans crise institutionnelle majeure — preuve de la solidité de la Ve République. Elle sera répétée en 1993-95 (Balladur) et 1997-2002 (Jospin). Le passage à la quinquennat (2000) et la concordance des mandats réduisent depuis lors la probabilité d'une nouvelle cohabitation.
1995
La grande grève de novembre-décembre 1995
Sociale
Économique
★★ Crise grave
Causes
Le plan Juppé (novembre 1995) prévoit la réforme du régime spécial des retraites de la SNCF et de la RATP, l'augmentation des cotisations, la tutelle de l'État sur la Sécurité sociale. Contexte de chômage à 12% et méfiance vis-à-vis d'un gouvernement Chirac fraîchement élu.
Déroulement
24 novembre – 15 décembre : grève reconductible à la SNCF, RATP, EDF-GDF, La Poste. Paris paralysée 3 semaines. Deux millions de manifestants. Solidarité inhabituelle des usagers (covoiturage, vélos). Alain Juppé retire finalement la réforme des régimes spéciaux.
Conséquences
La réforme des régimes spéciaux sera finalement adoptée... en 2007 (Fillon). La grève de 1995 devient le modèle de référence pour tous les mouvements sociaux ultérieurs et illustre la force du syndicalisme de service public français. Pierre Bourdieu signe une tribune de soutien aux grévistes depuis la gare de Lyon.
2005
Les émeutes des banlieues
Sociale
Politique
★★ Crise grave
Causes
Mort de Zyed Benna (17 ans) et Bouna Traoré (15 ans) électrocutés dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois (27 octobre), fuyant une patrouille de police. Climat de tensions entre jeunes des banlieues et forces de l'ordre. Déclaration de Sarkozy ("nettoyer la racaille au Kärcher").
Déroulement
Émeutes dans 300 communes de France pendant trois semaines (27 octobre – 17 novembre). 10 000 voitures brûlées, 3 000 arrestations. Chirac décrète l'état d'urgence le 8 novembre (loi de 1955 — loi d'Algérie).
Conséquences
La crise révèle la fracture sociale et territoriale entre banlieues populaires et centres-villes. Elle propulse Sarkozy sur le devant de la scène (ministre de l'Intérieur). Les réponses politiques restent limitées : le "plan banlieues" de Villepin n'est pas appliqué.
2018→ 2019
Les Gilets Jaunes
Sociale
Économique
Politique
★★ Crise grave
Causes
Annonce d'une hausse de la taxe sur le carburant (octobre 2018). Sentiment de déclassement des classes populaires périurbaines. Perception d'un gouvernement Macron favorisant les "riches" (suppression de l'ISF, flat tax). Organisation spontanée via Facebook, sans syndicats ni partis.
Déroulement
17 novembre 2018 : 280 000 personnes bloquent les ronds-points en France. Violences à Paris (Acte III, 1er décembre : arc de triomphe vandalisé, 378 blessés). 11 morts lors des manifestations. Macron recule sur la taxe carburant, annonce le "Grand Débat national" (jan.-mars 2019).
Conséquences
Macron annonce 17 milliards d'euros de mesures sociales (hausse du SMIC, défiscalisation des heures sup). Le mouvement illustre la montée d'une contestation populiste hors des structures syndicales et partisanes. La question du "référendum d'initiative citoyenne" (RIC) s'impose dans le débat public.
Les Gilets Jaunes marquent-ils une rupture dans le rapport des Français à la politique représentative ? Pour certains sociologues (Éric Agrikoliansky), ils révèlent l'épuisement des corps intermédiaires. Pour d'autres (Alain Garrigou), ils s'inscrivent dans la longue tradition des jacqueries françaises. La dimension anti-parlementaire du mouvement ouvre des questions sur la démocratie directe.